Patrescence | La naissance d’un père

“Un nouveau-né, c’est l’Amour rendu visible.”

B.L.

 

Pour beaucoup de parents, la période qui suit l’arrivée au monde d’un nouveau-né est un grand moment de bonheur. La plupart du temps, en tout cas ! Pour d’autres, le post-partum et les mois qui suivent ne sont toutefois pas aussi roses que cela. En cause, les chamboulements intimes intenses pour les mères… mais aussi pour leurs partenaires !

Devenir papa est effectivement un processus dont on parle assez peu. Certes, ils ne sont pas directement concernés par la grossesse, l’accouchement et l’allaitement. Mais les pères doivent, eux aussi, faire face à de nombreux changements qui peuvent donner lieu à de grands bouleversements existentiels.

Sujet tabou, car touchant à la virilité, naître en tant que père est l’une des plus grandes métamorphoses identitaires qu’un homme puisse expérimenter. Et comme toute période de transition, celle-ci n’arrive pas sans son lot de stress et d’anxiété. Saviez-vous, par exemple, que 5 à 10 % des hommes étaient sujets à la dépression post-partum ?

Dans quelques semaines, je vais devenir papa (ou peut-être le suis-je déjà ?). J’en suis très heureux et j’attends l’arrivée de notre petite fille très sereinement. Du moins, jusqu’à présent ! Et si je trouve formidable le nombre d’outils et de ressources dédiés à l’accompagnement de la mère et du futur bébé, il me semble que la naissance en tant que père est encore largement inexplorée.

Pour apprendre à « devenir père », je m’amuse donc à transposer les connaissances du « devenir mère » et à les adapter à mon propre cas. Pour la virilité, on repassera ! Toujours est-il que c’est en écoutant un podcast de Clémentine Sarlat que je suis tombé sur le concept de « matrescence ». Et de dire à Léa, en rigolant, que j’allais lancer à mon tour des podcasts sur la « patrescence », sans savoir si ce mot existait vraiment.

Matrescence, patrescence… de quoi s’agit-il exactement ? Je vous explique tout !

 

De la matrescence à la patrescence

Les premiers mois après la naissance donnent lieu à de grands bouleversements pour les nouveaux parents. Naturellement, les mamans sont les plus concernées par ces changements spectaculaires. Qu’ils soient hormonaux, physiques, émotionnels ou psychiques, tout se bouscule, au moment même où la femme s’apprête à devenir mère. Au moment, aussi, où toute l’attention se porte vers le bébé puisque tout le monde s’attend à ce qu’elle soit comblée de bonheur.

Cette période de transition à un nom : la matrescence. Contraction des mots « maternité » et « adolescence », ce concept désigne l’éclosion parfois douloureuse de la maternité après l’accouchement.

Créé par l’anthropologue américaine Dana Raphaël en 1973, le terme n’est pas tout à fait nouveau. Néanmoins, il aura fallu attendre 2017 pour qu’un article du New York Times parvienne à le populariser. L’auteure de ce papier ? Alexandra Sachs, une psychiatre américaine qui avait besoin d’un mot pour faire comprendre à ses patientes que les malaises qu’elles éprouvaient en tant que jeunes mamans n’étaient pas symptomatiques d’une maladie, mais bien les fruits d’une transition parfois difficile à gérer.

En effet, la capacité à naître en tant que maman est toute personnelle. Si certaines le vivent très bien, d’autres se sentent totalement déboussolées ou très angoissées. Lorsque l’afflux d’émotions est trop fort, les jeunes mamans sont en proie à la dépression post-partum. On estime que 10 à 15 % des femmes en seraient victimes durant le fameux quatrième trimestre.

Le terme matrescence n’a toutefois pas pour objectif de pointer du doigt cette maladie, mais bien d’aider une majorité de mamans à comprendre ce qui se passe en elles durant ce processus et à donner du sens à leur maternité.

S’il a longtemps été sous-estimé par la communauté scientifique, il faut croire que le sujet intéresse ! Ainsi, l’article d’Alexandra Sachs est l’un des plus lus de l’histoire du journal. Quant aux podcasts* de Clémentine Sarlat (*lien à la suite de l’article), ils ont été téléchargés plus de 2 millions de fois depuis leur création en mars 2019.

Finalement, j’aurais peut-être intérêt à considérer plus sérieusement la création de podcasts sur la patrescence !

 

Ce qu’il se passe lorsque l’on devient père

La patrescence, justement, parlons-en. Équivalent masculin de la matrescence, ce concept n’a pas d’identité propre. Si Alexandra Sachs y a consacré un article en décembre 2018, il n’existe finalement qu’en tant que déclinaison naturelle de la matrescence. Très peu étudiée par les chercheurs, les papas, eux-mêmes, ne sont pas conscients de ce qui se trame dans leur corps et dans leur tête durant cette période.

Pour quelles raisons ? Peut-être sommes-nous trop habitués à vivre dans une société patriarcale pour qui le devenir père n’a pas vraiment sa place. Comme si les hommes avaient une fonction leur permettant de « switcher d’homme à père » le plus naturellement du monde. Peut-être, aussi, parce que la naissance, le rapport au corps, aux émotions, etc., portent en eux une connotation largement féminine que beaucoup d’hommes dévalorisent ou craignent d’extérioriser.

Pourtant, s’ils ne sont pas concernés par les changements physiques que traverse la maman, il s’opère en eux des modifications hormonales, émotionnelles et psychiques qui peuvent rendre chaotique leur éclosion en tant que père.

Oui, le cerveau du jeune papa connait lui aussi de nombreux bouleversements que de récents travaux ont mis en lumière. Dans son article « Être père change le cerveau » (Cerveau & Psycho, septembre 2013), Brian Mossop révèle en effet que la naissance du bébé :

  • active la neurogenèse, c’est-à-dire la production de nouveaux neurones «qui forment le socle de son lien nouveau avec l’enfant ». Observée chez la mère également, elle permet aux jeunes parents de « s’adapter afin de détecter au mieux ce qui, dans les pleurs du bébé, traduit ses besoins du moment. » ;
  • dynamise la production d’ocytocine, l’hormone du bien-être, des émotions positives et du plaisir. Souvent associée aux femmes enceintes et allaitantes, elle s’active également chez l’homme durant le peau à peau. Bref, chez tous les hommes qui caressent, touchent ou câlinent leur enfant ;
  • diminue la concentration en testostérone, l’hormone masculine par excellence. Il en résulte une agressivité moindre, mais aussi une plus grande stabilité dans le cercle familial facilitant l’engagement avec le bébé. La baisse de testostérone boosterait également le système immunitaire.

Inévitablement, ces modifications hormonales s’observent dans le comportement psychologique des jeunes papas. S’ajoutent à cela la pression sociale, la fatigue, les habitudes qui changent, etc., tout cela au moment où ils doivent endosser leur nouvelle identité de père.

C’est cette période de transition que l’on pourrait nommer « patrescence », éclosion parfois naturelle, parfois douloureuse, de l’homme en tant que père.

Très semblable à la matrescence, n’est-ce pas ?

 

Les étapes de la patrescence

Originellement, la matrescence désigne le « devenir mère » au court du post-partum. Lorsque le corps de la jeune maman bouillonne autant que celui de l’adolescente d’un point de vue hormonal.

La naissance en tant que maman ou papa ne peut cependant pas se limiter à cette seule période. Il s’agit d’un apprentissage bien plus long, qu’il est nécessaire d’appréhender comme tel afin de vivre une « parentescence » aussi épanouie que possible.

Les auteurs de « La naissance d’une mère » (Éd. Odile Jacob, 2009) décomposent d’ailleurs ce processus en plusieurs étapes :

  • Étape #1 – pendant la grossesse : préparation mentale ;
  • Étape #2 – après la naissance : faire un travail émotionnel en vue de ce que nous sommes en train de devenir ;
  • Étape #3 – quelques mois plus tard : intégration de tous ces changements.

Il me semble que nous pourrions tout à fait transposer ces 3 étapes à la naissance d’un père. N’étant moi-même rendu qu’à la première, je me garderai de commenter les deux suivantes.

L’importance de la préparation mentale pour l’homme ne doit toutefois pas être négligée. Certes, il ne vit pas la grossesse d’un point de vue physique, mais il a un rôle majeur à jouer durant la grossesse :

1. accompagnement actif de la future maman au travers de toutes les étapes de la grossesse. En plus d’être un soutien par sa partenaire, cela permet au futur papa de prendre tranquillement sa place en tant que tel ;

2. communiquer avec son bébé, par les caresses, par le son de la voix ou en lui racontant des histoires. Pour ma part, je place souvent mes mains pour diriger vers elle l’énergie Reiki, rien de tel qu’un bon bain énergétique ;

Je suis persuadé qu’une grande majorité de papas se reconnaissent à travers ces deux premiers points. Mais je crois aussi que beaucoup ne sont pas proactifs et/ou que les futures mamans doivent s’efforcer de les convaincre ou les encourager à participer davantage. Je pense aussi qu’il faut apporter toute notre conscience à ces petits gestes et être à l’écoute active de la maman. La grossesse est certainement la plus belle période pour s’initier à la pleine conscience.

3. faire un travail sur soi. Non seulement de chercher à comprendre les changements qui se préparent, mais aussi de prendre le temps de réfléchir à sa naissance en tant que papa. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Qu’aimeriez-vous transmettre à votre enfant ? Comment pourrez-vous l’aider à s’épanouir ? N’y a-t-il pas des blessures que vous pourriez soigner afin de ne pas lui transmettre des vibrations négatives ?

4. apprendre à lâcher-prise. C’est véritablement ce que je ressens au moment où j’écris ces lignes. Se préparer mentalement, c’est aussi intégrer le fait qu’on ne peut pas savoir comment la naissance sera vécue ni à quoi ressemblera le nouveau-né, physiquement et psychologiquement. C’est aussi s’entraîner à ne pas avoir peur de l’inconnu, ou de ne pas savoir comment faire ou comment réagir par instants.

Devenir père est quelque chose de merveilleux, il serait dommage de passer à côté des joies de la paternité.

 

Patrescence, élargissons notre conscience

Ces trois étapes ont le mérite d’élargir notre conscience à ce sujet et de nous aider à apporter des réponses nous permettant de vivre une parentalité aussi épanouie que possible.

Est-il pour autant possible de définir la temporalité de la matrescence et de la patrescence de manière aussi restrictive ? Probablement pas.

Inévitablement, la façon dont nos parents nous ont accueillis au monde et, plus tard, nous ont éduqués, aura déjà établi les contours de notre future identité de mère ou de père. Autrement dit, on naît en tant que parents alors même que nous arrivons au monde.

Libre à chacun, ensuite, de s’approprier sa transformation, que ce soit dans la lignée de ses parents, en contradiction ou un mélange de tout ça.

De la même manière, devenir mère ou devenir père est un processus à durée indéterminée. Il peut prendre quelques semaines, plusieurs années, parfois toute une vie, au risque d’entraîner des déséquilibres ou des problèmes familiaux.

Il est également tout à fait possible d’expérimenter plusieurs patrescences, dans la cas où la paternité est contrainte de se réinventer (dans le cas d’un divorce, d’un décès, etc.).

Matrescence et patrescence, ces deux concepts permettent également de déconstruire la naissance, qui, dans nos sociétés modernes, est trop souvent perçue qu’en tant qu’acte physique automatisé et médicalisé.

En réalité, la venue au monde d’un nouveau-né est bien plus qu’une naissance physique. Elle est l’incarnation d’une conscience qui irradie déjà de son rayonnement toutes les dimensions de l’être des futurs parents, des plus charnelles aux plus spirituelles.

Parfois, elle les embrasse, parfois, elle les confronte. De là, nait le charme, mais aussi l’ambivalence et toute la complexité pour la jeune maman de devenir mère et pour le jeune papa de devenir père.

 

 

Vous l’aurez compris, la naissance en tant que père est un processus complexe largement mésestimé. Si la matrescence est devenue un sujet populaire ces dernières années, permettant à de nombreuses femmes de mettre un mot sur leur sensation, espérons que la patrescence  rencontrera le même succès et libérera la parole des jeunes papas.

À titre personnel, je me réjouis de découvrir ce qui m’attend ces prochaines semaines et continuerai d’écrire sur le sujet au fil de mes découvertes !

Futur papa ou papa en cours ?  N’hésitez pas à me faire part de votre témoignage et de vos expériences en commentaire !

 


Sources :

« The Birth Of a Mother », The New York Times, Mai 2017 – Alexandra Sachs ;

« What about #patrescence ? », medium.com, Décembre 2018, Alexandra Sachs ;

« La Matrescence, Naissance d’une Maman », centrepleinelune.com, Février 2020 ;

« Être Père Change le Cerveau », Cerveau & Psycho, Septembre 2013, Brian Mossop ;

Belles inspirations :

« La Matrescence », séries de podcasts autour des 4 grands thèmes de la matrescence – Clémentine Sarlat ;

« Bliss-stories », séries de podcasts autour des 4 grands thèmes de la matrescence – Clémentine Galey ;

« Patrescence : ma naissance de père », podcast enregistré par Bertrand Soulier.


 

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