Métaphysique des Saisons

Quelques journées de soleil et de températures clémentes, et voici que la nature reprend vie après plusieurs semaines de dormance.

Quel privilège d’être le spectateur de ces jeunes rameaux dévoiler leurs plus belles fleurs qui constellent déjà les amandiers. Nul doute que, d’ici quelque temps, j’entendrai de nouveau le bruissement des écureuils qui courent dans les arbres en quête d’une alimentation soudainement diversifiée.

Assis près de ma fenêtre, je contemple avec tous mes sens l’irruption du printemps dans ce paysage hivernal, ravi de constater qu’est demeurée intacte ma capacité à m’émerveiller.

Sentir la nature vibrer au rythme des saisons, je crois que c’est l’une des choses qui me manquait le plus lorsque j’habitais en Chine.

À Shanghaï, printemps et automne sont compressés dans une poignée de semaines n’autorisant pas l’entre-deux. La nature vit, la nature dort, le cycle est court et dénué du charme de la transition.

En l’absence de rythme régulier, c’est l’homme qui, pour l’essentiel, fixe le tempo. Lui qui impose sa main de fer sur notre Mère dont il s’est depuis longtemps coupé, oubliant que l’Homme fait partie de la nature et que les mêmes règles le régissent.

Car notre existence, elle-aussi, est rythmée par le cycle des saisons.

Enfance, adolescence, âge adulte, vieillesse, les quatre saisons de la vie possèdent chacune un trésor d’enseignements, d’expériences et de secrets.

Toutes sont d’une très grande beauté, pour qui sait où regarder.

Malheureusement, lorsque nous sommes dans une saison, le stress, les contraintes, le tumulte de la vie nous distraient, si bien que son charme se dérobe sous nos yeux, laissant place à d’acides imperfections, sources de tant de nos regrets et de nos frustrations.

Parfois, une brise de nostalgie nous effleure et nous rappelle combien la saison précédente était belle et heureuse. À d’autres moments, c’est un vent porteur d’espoir, comme la promesse d’une belle journée d’été durant le printemps.

Nos relations avec nos saisons sont de nature conflictuelle. Qui ne souffre pas de voir, au gré des âges, son corps changer, à la fois anatomiquement et physiologiquement, tandis que le « je » se débat pour construire une identité chaque jour challengée ?

Écolier, étudiant, actif, retraité, c’est ainsi que notre société a codifié les quatre saisons de l’Homme. Tentative asymétrique, mais louable, de baliser le parcours de l’existence afin de fournir des points de repères à notre JE sur lesquels il peut s’accrocher.

 

Ainsi va la vie. Elle marche, elle danse, va et vient dans un mouvement continu. Nous nous laissons porter avec joie, spectateur de ce concerto qui nous impose sa musique et ses variations. Il nous donne le sentiment d’exister, la sensation si agréable d’être immortel.

Le temps d’une pause, et soudain, la vie redevient éphémère et fragile. S’impose à nous l’évidence, que nous préférons tant éviter, que toute existence a un début et une fin.

Et pendant que certains s’impatientent que la musique reprenne, d’autres, moins nombreux, comprennent que c’est la nature transitoire de la vie qui compose son charme et son grain.

Que c’est le cycle des saisons de notre existence qui lui confère toute sa valeur. 

Et si le secret du bonheur était celui-ci ? Accepter la fragilité de l’existence, sa nature transitoire. Composer la vie au gré de ses saisons, marcher avec elle lorsqu’elle marche, danser avec elle quand elle danse, la laisser aller et venir en nous et suivre ses mouvements, non plus en spectateur mais en partenaire affirmé.

On dit que, pour être heureux, il faut traverser la vie avec son âme d’enfant, avoir la capacité de s’émerveiller continuellement de toutes les choses qui nous entourent. C’est en partie vrai, mais incomplet.

D’abord parce que l’enchantement n’est pas le propre de l’enfant. Nous avons tous la possibilité de ré-enchanter chaque saison de la vie : conter le monde lorsque nous sommes enfants, le romantiser à l’adolescence, le poétiser devenus adultes et le spiritualiser lorsqu’arrive un âge plus avancé.

Ensuite, parce qu’une âme d’enfant toute seule ne suffit pas. Une personne n’a jamais 14 ans, 34 ans ou 60 ans, elle a tous ces âges à la fois, d’une façon plus ou moins développée. Certains peuvent être d’ailleurs déjà très matures à 14 ans ou agir comme d’éternels enfants à 60 ans.

L’enfant et l’adolescent ne disparaissent pas une fois devenus adultes. Ils sont probablement récessifs, mais chacune des saisons de notre vie est présente en nous, à tout moment, comme cet amandier en fleur au milieu de l’hiver.

Spirituellement, certains pensent être nés un soir d’hiver, d’autres un après-midi d’été, mais cela revient à renier de très larges pans de leur identité.

Métaphysique des saisons… tentative d’expliquer les paradoxes de l’âge, de comprendre la complexité de leur cycle qui nous anime intérieurement pour agir à ses côtés et vivre en harmonie avec.

Encore faut-il ouvrir sa conscience à sa présence et à ses fleurs.

Embrasser les saisons de la vie, et celles des êtres aimés.

 


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2 thoughts on “Métaphysique des Saisons

  1. Wahou, je découvre et j’adore !
    Cela rejoint tellement mon approche de la santé (je suis naturopathe) et aussi des cycles féminins. Merci pour ce moment presque poétique.
    Être attentif, ralentir le rythme pour voir.
    Perso c’est en marchant que j’y arrive le mieux : reliance avec la nature, ce qui m’entoure et miroir avec ce qui se passe en moi.

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