Comment vivre la nostalgie positivement

“(…) à mesure que des pans de sa vie s’effondrent dans l’oubli, l’homme se débarrasse de ce qu’il n’aime pas et se sent plus léger, plus libre ».

Milan Kundera – L’ignorance (2000)

 

Au début, le monde ne fait qu’un. Notre regard d’enfant ne fait pas la différence entre les choses qui l’entourent.

Puis il explore, il apprend. Il se balade dans les premières années de sa vie avec innocence et curiosité. Sans le savoir, il fait la connaissance de l’espace. Le temps, lui, n’a pas encore de valeur, il est une ressource infinie.

Plus tard arrivent les premiers chagrins. Ceux de la perte du premier amour ou de la fin d’un été. Il prend conscience que les choses sont périssables, le passé prend vie.

Il fait ainsi la connaissance du temps, tandis que la nostalgie se déploie pour apaiser sa tristesse pour la première fois.

À cet âge, les émotions ne sont pas encore dégrossies par le temps. Tristesse et nostalgie se confondent et se muent parfois en mélancolie. Ainsi classe t-il la nostalgie au rayon des émotions négatives.

Pour cette jeune conscience presque adulte désormais, la nostalgie est devenue une énergie du passé.

Un jour, il décrète même qu’elle est néfaste. Il faut la fuir car elle nous coupe de l’instant présent. Elle est un boulet au pied de celui qui envisage l’avenir avec la ferme ambition de réussir.

 

La plupart d’entre nous avons une vision souvent imprécise de la nostalgie. Elle est pourtant une énergie très complexe qu’il faut savoir apprivoiser.

Dans un monde qui nous paraît plus insaisissable que jamais, où chacun cherche constamment ses repères, la nostalgie est un refuge personnel et collectif très séduisant.

La nostalgie nous attire, elle nous fascine. Elle est fédératrice ! C’est là une des raisons du succès des oeuvres qui jouent de ses ressorts pour capter notre attention.

Je vous propose donc ici quelques pistes pour apprendre à maîtriser la nostalgie et  vous permettre de l’envisager sous un angle positif.

Non, la nostalgie n’est pas une émotion négative

Prenant sa source dans la tristesse ou dans le regret d’un souvenir heureux du passé qui ne se reproduira plus, il est tentant de considérer la nostalgie comme une émotion négative.

Elle est par ailleurs souvent dévalorisée par l’Homme moderne, résolument orienté vers la futur et ravi de laisser le passé aux mains des romantiques.

Néanmoins, il est important de noter que ce n’est pas la nostalgie qui est négative, mais la perception que nous en avons et l’utilisation qui en découle !

Prenons le cas de notre ami et imaginons qu’il rumine son célibat après plusieurs années auprès de l’être aimé. En rentrant chez lui un soir, ses pensées vagabondent. Ah, comme il regrette que personne ne l’attende derrière la porte de son appartement. Elle ne lui manque pas particulièrement, c’est la complicité avec une autre qu’il envie et qui lui ferait tant de bien là, tout de suite.

Une voiture klaxonne, son attention revient au présent. Le chaos de sa vie quotidienne lui fait mal au crâne de nouveau.

Inévitablement, une comparaison s’installe entre la situation actuelle qu’il juge compliquée et le souvenir d’une situation passée dont l’exactitude s’effrite avec le temps. Il arrive enfin chez lui, et bien qu’il ait fait les courses, il décide d’ouvrir un paquet de chips puis de s’installer dans son canap ‘.

C’est dans cette comparaison tronquée que réside le « danger » de la nostalgie : nous prenons tant de plaisir à nous complaire dans le confort d’une histoire dont nous connaissons déjà la fin pour justifier notre inaction dans le présent !

Dans le confort de notre canapé nous regardons le film de nos souvenirs. Son scénario est agréable, puisque nous sommes le réalisateur de cette histoire bien subjective : elle omet volontairement le côté négatif des choses et comble les insuffisances identifiées dans le présent.

La nostalgie allège le poids de nos souvenirs, embellit notre passé et vient soulager le présent. Plutôt sympa, vous ne trouvez pas ?

Elle n’est donc pas une émotion foncièrement négative, c’est notre rapport à elle qu’il faut apprendre à maîtriser.

 

Mettez la nostalgie au service de l’instant présent !

Dans un moment présent douloureux ou fait d’incertitudes, la nostalgie agit donc comme un rempart de protection contre les pensées négatives.

Elle travaille dans l’ombre pour nous rappeler que la vie est pleine de sens et d’expériences positives. Elle est là pour nous rappeler nos forces et booster la confiance que nous avons peut-être perdue.

Encore faut-il voir le verre à moitié plein !

Je vous propose donc une petite expérience à faire la prochaine fois qu’elle viendra toquer à votre porte (voir ci-dessous) :

nostalgie positive

Appréhender la nostalgie de cette façon vous permettra de vivre le présent en réalité augmentée. C’est à dire avec une conscience plus fine de l’ici et maintenant grâce aux expériences du passé et dans l’espoir d’un futur radieux.

Qui a dit que la nostalgie nous coupait de l’instant présent ?

 

Utiliser la pleine conscience au service de la nostalgie vécue positivement

Dans le film de Nicolas Bedos, le personnage de Fanny Ardant dit, avec cette voix suave, que ce qui nous attire dans le souvenir du passé, c’est la simplicité.

« Tout était plus simple », « nous étions plus libres », « nous avions plus de temps » etc. Je crois qu’elle met ici le doigt sur la véritable définition de notre sujet : 

La nostalgie, c’est la tentation de la simplicité lorsque nous sommes démunis devant la complexité de l’instant.

La pratique de la pleine conscience est ainsi une réponse très appropriée pour qui souhaite utiliser la nostalgie comme une énergie positive.

Elle permet en effet, entre autres, d’apprendre le lâcher-prise et à embrasser l’incertitude, des qualités essentielles pour répondre sans crainte à une situation complexe !

 

Le temps passe. 

Notre regard autrefois effrayé par la puissance des émotions générées par la nostalgie s’adoucit.

Et la voici paradoxale de nouveau ! Plus le volume de vie restant diminue, plus nous la considérons avec cette quiétude bienveillante. Il s’agit maintenant de profiter de la vie et de chaque instant qui nous est donné.

La mémoire a ceci de magique : avec le temps, nos souvenirs se déforment, se dépouillent du négatif pour ne garder que le positif.

Les souvenirs invoquant en nous des sentiments nostalgiques font alors partie du monde de l’imaginaire.

Ils participent à l’harmonie entre notre monde réel et notre monde imaginaire, à la magie de notre existence.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *