“Je n’ai pas le temps”, pourquoi et comment y remédier ?

C’est un sentiment tellement répandu qu’il en est devenu commun. Happés par les obligations et les tâches du quotidien, nous avons trop souvent l’impression de ne pas avoir le temps. Comme si le temps qui nous était donné chaque jour n’était pas suffisant. Impression ou réalité ?

Il va sans dire que nos journées sont bien remplies ! Aux besoins primaires, impératifs personnels et professionnels, s’ajoutent les obligations sociales, les imprévus et les multiples sollicitations extérieures. Nos vies quotidiennes sont tumultueuses et certaines situations engendrent effectivement un manque de temps.

Paradoxalement, c’est au moment où l’horloge biologique de l’Homme est la plus sophistiquée que nous avons l’impression d’en manquer. Sachant que l’espérance de vie est passée de 48 à 79 ans depuis le début du XXe siècle (moyenne femmes et hommes), nous avons gagné 271 560 heures !

Notre rapport au temps donne lieu à un grand nombre de paradoxes. Autre exemple, nous avons tendance à considérer le temps comme une ressource infinie, alors qu’en réalité, il est une ressource limitée. Nous aurions ainsi l’impression d’avoir tout le temps de ne pas avoir le temps. Toute une histoire !

Il existe donc un décalage important entre notre perception et la réalité. Toutes deux se mêlent et s’entremêlent pour former ce sentiment bien imprécis de ne pas avoir le temps.

En réalité, il y a bien assez de minutes dans une journée et dans une vie pour réaliser ce que nous avons à accomplir. Toute impression opposée est un signal nous alertant que celui-ci nous a échappé, qu’il faut prendre du recul.

Car prendre le temps, c’est investir sur soi, sur les personnes et les choses qui nous entourent. Si le temps vous manque, c’est qu’une ou plusieurs de ces composantes ne sont pas satisfaites.

Il est donc important d’apprendre à se réapproprier le temps. Comment faire ?

Creusons d’abord un peu plus loin pour comprendre pourquoi nous pensons manquer de temps.

 

Les raisons pour lesquelles nous pensons manquer de temps

Bien évidemment, il existe de nombreuses raisons expliquant pourquoi nous pensons manquer de temps. Si certaines sont purement personnelles, d’autres résident dans les grands bouleversements de vie qui ont marqué ces dernières décennies.

Alors, impression ou réalité ? C’est un peu plus compliqué que cela.

Nos vies ne sont plus linéaires

Le temps ne serait-il plus le même que ce qu’il était avant ? Bien évidemment, la réponse est non, ce sont nos vies qui ont changé.

À une époque pas si lointaine, la vie était beaucoup plus linéaire qu’elle ne l’est aujourd’hui. Elle était beaucoup plus rude, certes, mais il s’agissait surtout de relier un point A à un point B.

De nos jours, comment s’imaginer travailler toute notre vie pour le même employeur ou d’embrasser les croyances d’une même religion sans jamais remettre sa foi en question ?

Au contraire, nous vivons dans une époque de la surabondance des possibilités, dans laquelle nous pouvons devenir demain tout ce que nous voudrions être aujourd’hui.

Pour devenir cette meilleure version de nous-même, nous aimerions tout voir, tout faire, tout savoir, voyager partout, rencontrer des tas de gens… Cette impossibilité génère de la frustration et fait naître en nous l’impression de « ne pas avoir le temps ».

D’un côté, cette abondance de possibilités peut permettre de mener une vie plus riche et épanouie. De l’autre, une vie plus linéaire offrait davantage de promesses et une certaine confiance envers le temps que nous avons perdu aujourd’hui.

Hier, « le temps faisait les choses », suivant un narratif bien précis. Aujourd’hui, « nos vies ne sont plus inscrites dans des grandes narrations »  (Frédéric Kaplan, professeur en humanités numériques à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne).

Nous ne pouvons plus avoir le temps de laisser le temps faire les choses.

Le choc des temporalités

Si le temps est unique, il existe une temporalité propre à chacun. Nous avons tous des paramètres de vie personnels et professionnels différents qui donne le rythme de nos journées. Ce sont ces temporalités que nous appelons communément « le temps ».

Avant, le rythme de la vie s’articulait essentiellement autour de l’école, de l’usine et de l’Église. Cette trame était commune au plus grand nombre qui n’avait plus qu’à mener sa propre temporalité en son sein.

Puisque chaque temporalité s’exécutait à peu près dans le même temps, elles se synchronisaient entre elles de façon relativement harmonieuse, ne créant pas de conflits chronologiques.

Désormais, cette trame n’existe plus. Certes, les temporalités sont toujours régies par des lois universelles, mais pour le reste, nous avons dû personnaliser notre rapport au temps. Et cette désynchronisation provoque de nombreuses complications !

Comme le souligne le physicien Etienne Klein, « Pour synchroniser la famille, par exemple, cela devient compliqué. C’est ainsi qu’une demande devient un dérangement, un choc, qui vous décale par rapport à votre temps propre. Ce qui peut créer stress et inconfort existentiel. »

Et donc… l’impression de ne pas avoir assez de temps.

Une impression dictée par nos attentes

C’est un fait : chaque journée s’écoule comme un contrat à durée déterminée. « Avoir assez » ou « ne pas avoir assez de temps » ne sont donc que des impressions basées sur les attentes que nous plaçons envers celles-ci.

Nous ne pouvons pas faire tout ce que nous avions prévu dans ce temps imparti ? Alors, nous n’avons pas assez de temps. Nous sommes satisfaits de ce que nous avons pu réaliser aujourd’hui ? Alors, il est notre meilleur ami.

Ce sont bien nos attentes qui façonnent notre impression de ne pas avoir le temps.

D’où viennent-elles ? De nous-même, de notre entourage, de nos managers, de la société dans laquelle nous vivons ? Toutes ces réponses sont valides.

Au sein de notre CDD quotidien, s’ajoutent des mini-contrats que nous avons acceptés avec chacune de ces parties et qui nous engagent à une multitude d’obligations chronophages.

Vous sont-elles toutes indispensables ? Un de ces « contrats » prend-il trop de place ou mobilise t-il trop d’énergie ? Prenez le temps d’identifier les raisons qui font que « vous n’avez pas le temps de ».

 


« Je n’ai pas le temps » ou « je ne veux pas prendre le temps de » ?

Selon un sondage effectué par le quotidien belge « La Libre », près de 40 % des personnes qui déclarent « ne pas avoir le temps de », utilisent cette expression pour éviter une activité qui les ennuie.

Ne sommes-nous pour autant que de fieffés menteurs ? Pas sûr. Derrière cette expression de tous les jours, se cache aussi la revendication d’un choix, et donc, de notre liberté.


 

Designez une vie dans laquelle vous aurez toujours le temps

La tendance globale ayant bouleversé notre rapport au temps, est-il vraiment possible, à l’échelle individuelle, de designer une vie dans laquelle nous aurions le temps ?

Bien sûr ! Puisque les journées ne dureront toujours que 24 heures, il est même fortement conseillé de prendre les choses en main pour ne plus se laisser déborder.

En lisant la première partie, vous aurez probablement identifié les principales causes expliquant votre impression de manquer de temps.

Voyons tout de suite comment, de manière concrète, façonner votre quotidien de façon à ne plus jamais « manquer de temps ».

Organisation et automatisation

Libérer du temps pour soi sans perdre en productivité ? C’est possible ! Mais cela demande beaucoup de rigueur et une organisation exemplaire.

Avant de vous lancer à l’assaut de votre journée, prenez quelques minutes pour l’organiser de manière à ne plus être pris au dépourvu :

  1. Identifiez les choses que vous devez faire quoiqu’il arrive. Cela peut être se préparer le matin, manger, faire les courses, aller au travail, faire la vaisselle, etc. Ou encore votre rendez-vous hebdomadaire avec votre manager ou la préparation d’un call important. Pour gagner du temps, séparez les tâches personnelles des tâches professionnelles ;
  2. Classez chacune par ordre d’importance et notez la durée approximative pour leur réalisation. Additionnez-les, combien de temps vous reste t-il ?
  3. Cette fois-ci, identifiez toutes les choses que vous aimeriez faire pour vous ou pour vos proches : passer du temps avec vos enfants, faire du sport, aller au yoga, téléphoner à votre sœur, etc. ;
  4. Classez chacune dans l’ordre qui vous fait plaisir et notez la durée approximative pour leur réalisation ;
  5. Vous pensez pouvoir tout réaliser dans la journée ? Super ! Mais en êtes-vous bien sûr ? N’oubliez pas de prévoir quelques dizaines de minutes au cas où un imprévu arrive, comme un impératif de dernière minute ;

Pas de panique, il vous faudra sûrement plusieurs essais avant de trouver la formule qui vous convienne. Avec de l’entraînement, vous réussirez à mettre en place votre propre système et le ferez sans même y réfléchir.

Le consacrer aux choses qui vous sont essentielles

Un e-mail inattendu, une notification sur notre téléphone, une publicité entendue à la radio, etc. Notre quotidien est rempli de sollicitations extérieures qui nous créent des besoins secondaires, voire superflus, qui prennent de l’énergie… et du temps !

Si elles peuvent paraître totalement anodines sur le moment, ces sollicitations sont pernicieuses. Selon leur nature, elles peuvent :

  • nous couper de l’instant présent ;
  • détourner notre attention de la tâche en cours et diminuer notre concentration ;
  • nous éloigner des choses qui nous sont essentielles.

Et il est très facile de se laisser distraire ! Pour éviter cela, vous pouvez par exemple :

  • prendre l’habitude de n’effectuer qu’une tâche à la fois ;
  • apprendre à dire « non ». Votre temps vous appartient, ne laissez pas les autres vous en priver ;
  • limiter le temps passé à scroller sur son téléphone et sur les réseaux sociaux.

La pratique de la pleine conscience, un rapport intime au temps

Quelle meilleure façon de se réapproprier le temps que de vivre à son contact ?

Comme je vous le disais plus haut, ce que nous appelons ordinairement notre « temps » désigne généralement notre « temporalité personnelle ». Or, nous vivons une grande partie de notre vie dans une temporalité décalée avec le temps, c’est-à-dire coupés de l’instant présent.

La pratique de la pleine conscience permettant de placer cette temporalité au plus près du temps, elle offre un rapport intime avec l’instant présent (lequel, rappelons-le, est le seul temps qui existe. Le passé étant révolu et le futur n’existant pas encore).

Elle permet également de faire un pas en arrière, de ne pas répondre systématiquement aux obligations de notre temporalité, de séparer le superflu de l’essentiel, etc. Et donc, de libérer du temps.

Pourquoi être toujours occupé ? Réapprenons l’ennui !

Admettons-le, il est agréable d’être occupé, parfois même grisant d’être débordé. Passer d’une tâche à une autre, se sentir utile par l’acte d’accomplir : le fait d’être tout le temps occupé donne le sentiment d’exister.

À l’opposé, il y a l’ennui. Puisque nous ne pouvons plus nous permettre de « perdre du temps », il est souvent regardé de manière péjorative. Il n’est plus envisageable de s’ennuyer !

Et pourtant, l’ennui est essentiel à notre bien-être. Il serait source de créativité, de productivité, favoriserait l’intériorité, etc. Il serait même indispensable au bon développement de nos enfants.

Alors, pourquoi ne pas réapprendre à s’ennuyer ? Si l’on considère l’ennui comme la crainte de perdre du temps ou de la vacuité du temps, sa réhabilitation pourrait permettre de modifier notre rapport au temps positivement.

Pourquoi courir avec le temps alors qu’il fait si bon rester avec lui ?

 

Vous l’aurez compris, si le temps n’a pas changé, il est essentiel de travailler notre relation avec lui. J’espère que ces réflexions et ces conseils vous aideront à reprendre en main le fil de vos journées, ainsi qu’à bannir l’expression « je n’ai pas le temps de… » de votre quotidien.

Prenez le temps, il est à votre disposition !

 


Sources :

” Pourquoi nous n’avons plus le temps”, Le Temps, 30 janvier 2015 ;

” J’ai pas le temps ou comment exprimer qu’on est occupé à mieux faire”, La Libre, 22 novembre 2015

 

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