Auto-Confinement

 

” Étant une personne extrêmement introvertie, je me mettais moi-même en quarantaine avant que cela devienne tendance.  “*

Joshua Fields Millburn (theminimalists.com)

 

Paradoxalement, je ne me suis jamais senti aussi peu seul que durant cette période de confinement.

Certes, je ne peux ni sortir en ville, ni aller au cinéma, ni m’installer à la terrasse d’un restaurant avec des amis, ou encore aller me baigner dans les belles énergies qui émanent de cette nature printanière.

Tous ces instants me manquent modéremment, car je sais que, bientôt, je les retrouverai, mais aussi parce que mes 34 années d’introversion ont largement développé mon aisance au contact de la solitude.

Depuis le début du confinement, je n’ai pas l’impression de m’être coupé du monde, au contraire, c’est lui qui s’est mis à « mon niveau ».

Pour la première fois, ce sont les vertus de l’intériorité qui sont mises en exergue par notre société qui loue d’ordinaire le comportement des extravertis.

La tendance, c’est d’être seul, et le luxe, c’est de traverser cette période avec flegme et sérénité.

 

Aussi loin que je puisse remonter dans mes souvenirs, j’ai toujours été introverti. Parfois à l’extrême, dans ma tendre enfance, lorsque ma timidité exacerbait mon naturel à l’intériorité.

Cette timidité était néanmoins la face émergée d’une personnalité qui, dans l’ombre du regard de l’autre, prenait plaisir à voyager et à observer.

La plupart du temps, je prenais comme une chance cette faculté de contemplation dont les extravertis me semblaient dénués. J’appréciais cette auto-suffisance énergétique qui me permettait de ne pas avoir nécessairement besoin de l’autre pour me sentir exister.

En parallèle, j’éprouvais une forme d’envie envers ces personnes, si à l’aise au contact des autres et rapidement devenues le chouchou des filles et de la plupart des personnes qui composaient ce petit monde.

Et puis j’ai eu 20 ans, ma timidité s’en est allée. Ma personne introvertie, débarrassée de ce vêtement trop étroit, s’est découvert de nouvelles facultés.

À mon tour, je pouvais, dans certaines situations être tout à fait extraverti, à l’aise au milieu des gens ou pour prendre la parole en public. C’était plaisant de laisser s’exprimer l’extravagance de mon intériorité.

Sans m’en rendre compte, je me suis laissé consumer par ce nouvel habit. Intérieurement, je m’appauvrissais. Extérieurement, mon énergie pour les autres déclinait de plus en plus rapidement, si bien qu’après quelques minutes ma présence perdait en intérêt pour eux.

Je pouvais sentir l’incapacité des gens à placer le curseur à mon égard, tantôt si expressif, soudain si silencieux. Est-ce que je savais moi-même où le placer ?

Voici que revenait cette impression d’être à l’écart du monde et d’être incompris des autres, que tous les introvertis connaissent.

 

Je crois donc qu’il faut trouver le bon dosage, le bon équilibre.

Aujourd’hui, je passe 80 % de mon temps tout seul. J’écris, je lis, je cours, je travaille, je médite… dans un silence qui permet à ma personnalité de faire fleurir sa créativité.

Je sais que j’ai besoin de ce confinement intérieur, non seulement pour me ressourcer,  mais pour offrir en société, les 20 % du temps restant, la meilleure version de moi-même.

Cela me permet d’avoir suffisamment d’énergie en stock pour être le plus ouvert le plus agréable possible dans ma vie personnelle et pour être pleinement proactif et performant dans ma vie professionnelle.

Je ne sais pas si j’y arrive à chaque fois, mais j’essaye.

 

Si cette formule semble vouloir fonctionner pour moi, elle n’est en aucun cas une incitation à passer plus de temps tout seul (ou inversement), l’enjeu est de comprendre ce qui marche pour vous et d’accorder le temps qui vous est nécessaire pour vous auto-confiner.

Introverti ou extraverti, en fin de compte, peu importe. Les deux ont leurs charmes et leurs faiblesses. Elles ne sont que des tendances de notre esprit. L’essentiel, c’est de parvenir à les comprendre et à rendre harmonieux tous les traits de notre personnalité entre eux.

Je crois qu’il est même inutile de chercher à catégoriser ces deux nuances d’attitude et à les opposer.

L’extraverti se relie au monde pour se trouver soi.

L’introverti se relie à soi pour trouver le monde.

La destination est la même, seuls les chemins divergent.

En tant qu’introverti, je souhaite que le confinement dure aussi peu de temps que possible, car les charmes de l’extériorité me manquent. Ces 20 % sont absolument nécessaires à l’équilibre que j’ai pu trouver.

J’espère également que les personnes extraverties pourront profiter de ce moment pour apprécier un peu le silence et la beauté des mondes intérieurs.

 

Et vous, quel est votre équilibre ?

 

* « As an extreme introvert, I was self-quarantining before it was cool. »

4 comments / Add your comment below

  1. Coucou Brieg
    Le confinement ne me pose pas de problème à moi aussi. Je suis assez solitaire de base et vivre “sur moi même” ne me pose pas de grand soucis. C’est plus ce sentiment de ne pas savoir quand les choses vont se rétablir qui m’angoisse.
    A bientôt
    Audrey
    https://pausecafeavecaudrey.fr

  2. Bonsoir Brieg,
    Le confinement a du bon car je prends plus le temps de lire entre les lignes et de passer à l’action comme poster ce message. J’ai la chance d’être en couple et d’avoir 2 chiens. 2 chiens qui s’étonnent de nous voir si présents et nous embarquent dans leur rythme. Cette période est comme une retraite, un repos imposé, une purification. Je suis attiré vers des valeurs plus essentielles et tout semble plus évident. Ce qui me surprend est de voir comment nous parvenons à nous ré-inventer. Ce qui m’angoisse c’est plus savoir si nous allons tenir compte de tout cela pour changer notre comportement ou si la fameuse phrase ”chasser le naturel, il revient au galop” nous rattrapera… J’espère courir maintenant plus vite ! Ahahha. Merci Brieg.

  3. Coucou Audrey,

    Quand, comment, qu’allons-nous en retenir, combien de temps allons-nous en supporter les conséquences… l’important est d’être en bonne santé, mais les sources d’angoisse sont nombreuses, c’est vrai.

    Une bonne occasion pour travailler son lâcher-prise 🙂

  4. Cher Alexandre,

    Un plaisir que de te lire ici et de savoir que cette période, aussi compliquée soit-elle, t’apporte un moment de respiration te permettant de te connecter à ce qui est essentiel pour toi 🙏

    Tu soulignes quelque chose de très vrai, à savoir notre extraordinaire capacité à nous ré-inventer ! J’y vois comme un très beau motif d’espoir permettant d’apaiser les angoisses du moment.

    Et si le naturel revient au galop, ne cherche pas à courir plus vite, mais plutôt à regarder la course en spectateur attentif et bienveillant 😇😊

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Visit Us
Follow Me
Tweet