Métaphysique des Genres

 

« Aucun de nous n’a jamais été entièrement homme, aucun n’a jamais été entièrement femme. Personne n’a d’ailleurs jamais été entièrement Homme non plus. »

Ces quelques mots trouvent en moi une résonance suffisante pour me soustraire à mes songes. Ils sont imparfaits, mais je décide de les consigner dans le carnet de mes pensées.

Comme chaque soir, j’ai observé le rythme de la vie quotidienne ralentir paisiblement. Depuis ma fenêtre, j’aime regarder ces hommes et ces femmes laisser derrière eux le chaos du quotidien et deviner, au rythme de leur pas, au ton de leur voix et à l’expression de leurs visages, quand il m’arrive de les capter, quelle a été la saveur de leur journée.

Je m’amuse ensuite à les regrouper entre elles afin d’en dégager les grandes tendances.

Aujourd’hui, la rumeur était délicieusement épicée d’une excitation palpable, peut-être due à cette première douce journée de l’année et à la promesse d’une belle soirée.

Ces derniers temps, j’éprouve un attrait grandissant pour l’invisible. Sa subjectivité me séduit, car elle questionne sans jamais savoir, se contredit parce qu’elle ne renonce jamais à penser pour croire.

De là-haut, tous ces personnages ne sont pas clairement définis. Il n’est pas question d’hommes ou de femmes, de noirs ou de blancs, de riches ou de pauvres. Chaque être est l’écume d’une mer dans laquelle tout s’accorde pour former une mélodie aux variations infinies.

En bas règne l’objectivité. Chacun possède une vie distincte et cristallise l’autre dans une identité dont il aime conspuer les aspérités.

Moi, je lui préfère le monde de l’invisible, composé d’énergies qui tour à tour s’entrechoquent et s’entremêlent, qui se divisent, s’unissent et transcendent la prodigieuse mécanique du corps.

Le corps, malicieusement placé au carrefour de notre dualité et de notre complexité. Je le regarde avec bienveillance et me dis que nous aurions tant à gagner à mieux l’appréhender.

Je crois que c’est à ce moment que mes pensées ont dérivé.

Visible ou invisible, le monde ne fait qu’un et tout se condense dans un ensemble que l’on appelle le corps.

Le corps physique, densification suprême d’un rayon de conscience d’une infinie complexité, c’est bien à lui que nous nous identifions en premier.

Fille ou garçon. Dès la naissance, nous voici identifiés au sexe du corps qui nous a été attribué. Nous sommes ensuite élevés et éduqués dans les limites de la définition que nous avons bien voulu lui donner. 

Plus tard, nous tentons de « devenir homme » ou de « devenir femme » dans le but d’évoluer positivement au sein de sociétés qui codifient les rôles et qui peinent à offrir l’égalité des conditions.

Que de limites pour le grand schéma de nos consciences ainsi opprimées ! Que de souffrances et d’inégalités qui se retrouvent ainsi créées !

Femme ou homme, la grande illusion.

Les yeux dans l’infini, je me dis que nous sommes beaucoup plus que cette petite case biologique dans laquelle notre culture nous a fixé.

Que chaque conscience est ainsi un mélange unique d’énergies féminines et masculines qui s’équilibrent et se déséquilibrent tout au long de notre existence.

De la même façon, chaque corps porte en lui cette dualité. De part leur anatomie, leurs morphologies, leurs personnalités, leurs émotions, etc., certains hommes sont plus féminisés que d’autres, tout comme certaines femmes plus virilisées que d’autres.

Homme ou femme, les règles du jeu sont les mêmes. Il s’agit d’accepter les différences anatomiques, physiologiques et hormonales que notre corps nous confère, et d’embrasser les énergies masculines et féminines dont notre âme est composée.

Vient à moi l’idée que la femme n’a jamais été l’avenir de l’homme, elle fait partie de l’homme, l’a toujours été et le sera toujours. Tout comme l’homme a toujours été une constituante de la femme et le sera toujours.

S’empare de moi l’idée que si, dans le monde physique, la condition féminine a trop souvent été bafouée, dans les mondes subtils, au royaume de la conscience, c’est l’énergie féminine toute entière qui a été malmenée et qu’il faut impérativement restaurer et exalter.

L’important n’est pas de devenir femme, ni de devenir homme, il est de devenir soi, peu importe de quelle essence nous sommes composés.

C’est à ce moment que sont venues à moi les deux phrases par lesquelles cette méditation a commencé.

Tentative métaphysique probablement maladroite de l’un des fragments de notre complexité.

Dehors, le couchant termine de se disperser sur les nuages dont le ciel est parsemé. Il éclaire de ses rayons tous ces êtres qui s’en vont profiter de leur soirée.

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