Comment Ne Plus Être Ennuyé Par l’Ennui

 

“L’ennui est bien la lassitude du monde, le malaise de se sentir vivre, la fatigue d’avoir déjà vécu; l’ennui est bien, réellement, la sensation charnelle de la vacuité surabondante des choses.”

Fernando Pessoa

 

Dans une société qui prône le culte de la productivité, le fait d’être tout le temps occupé donne le sentiment d’exister. L’Homme accueille à bras ouverts la dictature de l’occupationisme qui exalte inlassablement son besoin naturel d’être stimulé.

Je fais, donc je suis. Au diable l’ennui.

L’ennui ? Il est une masse informe, un néant dans lequel l’âme toute entière se déshumanise, la “sensation physique du chaos” (Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité). À quoi bon s’y attarder ?

Et pourtant, il revient toquer à notre porte bien souvent. Il nous tombe dessus et nous nous laissons prendre par lui.

Ses deux moments préférés ?

  • lorsque nous n’arrivons pas à nous occuper
  • lorsque quelque chose ou quelqu’un perd de son intérêt

L’ennui peut donc être la conséquence d’une absence de stimulation (physique ou émotionnelle) ou d’une absence de sens. À noter que la surabondance de l’un peut également entraîner l’absence de l’autre.

Or, nous sommes à l’époque de la surabondance (!), et donc des proies toutes désignées à l’ennui et aux flots d’émotions non-désirées qu’il fait naître en nous.

Oh, douce monotonie, tu nous épuises et nous culpabilises. À ton contact, nous pouvons ressentir toute notre impuissance et notre vide intérieur. Tu t’empares de la nuit.

Tu n’es que de passage, tu t’en vas dès qu’une nouvelle occupation arrive. Néanmoins, l’empreinte que tu laisses n’est pas indolore. La prochaine fois, nous ferons donc tout pour t’éviter, désabusés par avance de savoir que plus nous tentons de t’échapper, plus fort tu reviendras.

Alors, puisqu’il fait partie de nous et que l’époque le méprise, ne pourrions-nous pas y porter un autre regard ? Est-il possible de ne plus être ennuyé par l’ennui ? Existe t-il un remède pour ne plus le subir, mais l’accepter et écouter ce qu’il a à nous dire ?

 

L’ennui est source de créativité.

Depuis quelques années, certains philosophes, penseurs et scientifiques unissent leurs voix pour réhabiliter l’ennui.

Ainsi, l’ennui serait propice à la créativité. C’est ce qu’ont montré les recherches de deux chercheuses britanniques en psychologie de l’université du Central Lancashire, Sandi Mann et Rebekah Cadman. Leurs travaux prouvent effectivement que le cerveau est plus enclin à générer des pensées créatives après une période d’ennui.

Selon Jerome E. Singer, célèbre psychologue américain, cela s’expliquerait notamment par le fait que lorsque nous nous ennuyons, notre inconscient travaille et va puiser dans nos souvenirs oubliés pour les relier entre eux.

L’ennui serait donc non seulement un signal donné à notre cerveau que la situation présente ne nous convient pas, mais pourrait également nous apporter les solutions à nos problèmes !

Autrement dit, l’ennui serait l’allié de la productivité !

Formidable, n’est-ce pas ?

Oui, encore faut-il apprendre à l’apprivoiser !

 

Apprendre à s’ennuyer de la bonne façon.

Si les Hommes s’ennuient depuis la nuit des temps, la tolérance que nous avons à son égard n’a probablement jamais été aussi faible.

Cher Ennui, tu n’es pas le bienvenu et, en multipliant les astuces pour te tromper, nous t’avons dépouillé de ta pureté. 

Il est tellement plus simple de te faire défiler sur notre écran de téléphone ou te diluer dans un programme télé sans intérêt. Dans tous les cas, nous nous ennuyons, mais cela nous semble moins pénible.

Nous ne savons plus nous ennuyer ! S’il doit y avoir un bon et un mauvais ennui, nous choisissons trop souvent ce dernier : plutôt que de laisser notre esprit vagabonder, nous préférons combler le vide par une distraction futile !

Il faut donc réapprendre à s’ennuyer !

Pour cela, pourquoi ne pas remplacer vos mauvaises habitudes par d’autres activités nécessitant peu de concentration ? Cela peut être, par exemple, une marche en plein air en suivant un itinéraire qui vous est familier.

Si le cœur vous en dit, restez assis et fermer les yeux. Laissez votre esprit vagabonder et écoutez ce qu’il a à vous dire.

Ce moment de pause est plus qu’essentiel, il est un moment de liberté.

 

Apprécier l’expérience de ne rien faire

Difficile d’apprécier l’ennui sans travailler votre capacité à apprécier de ne rien faire. Certes, l’ennui ne se résume pas qu’à cela, mais s’entraîner à prendre du plaisir dans l’inactivité sera particulièrement précieux pour les personnes ayant l’habitude d’optimiser chaque minute de leur journée.

Ainsi, je vous propose de vous entraîner à faire le petit exercice qui suit.

L’objectif est de prendre l’habitude de ne rien faire et d’y prendre du plaisir !

1. Pendant quelques instants, tout arrêter.

Choisissez un moment de la journée pendant lequel vous allez stopper toute activité. Idéalement après avoir effectué une tâche importante ou après un moment clé de la journée, le déjeuner par exemple. 

Décidez d’une courte période durant laquelle vous n’allez rien faire, cela peut être une ou deux minutes, vous verrez que c’est déjà beaucoup ! 

Coupez-vous bien sûr de toute distraction, lancez votre chronomètre sur le timing fixé et c’est parti : ennuyez-vous !


2. Remarquer le va-et-vient de son mental.

Au bout de quelques secondes, il est fort possible que votre mental recommence à produire des pensées. Remarquez à quel point il vous presse de vous occuper : « Il faut que je pense à faire ceci », « j’ai oublié de répondre à l’e-mail d’untel », « après l’exercice, il faut absolument que… », etc. 

C’est normal, il ne peut pas s’en empêcher et il déteste s’ennuyer.

Alors, à chaque fois que vous remarquez que votre attention a suivi le cours de vos pensées, remarquez-le, dîtes : « Pensée », et laissez-la s’en aller.


3. Apprécier le moment.

Très rapidement, le chronomètre mettra fin à votre exercice. Avant de repartir à l’aventure de votre journée, prenez quelques instants pour évaluer votre expérience. Comment vous sentez-vous ? Peut-être aurez-vous un sentiment de légèreté ou de clarté. 

Remarquez comme il est agréable d’appuyer sur le bouton pause, que le monde ne s’est pas arrêté de tourner et que cet e-mail auquel vous devez répondre n’est pas si urgent que cela. 

Entraînez-vous à faire cet exercice chaque jour. Essayez d’augmenter un peu sa durée, 3 ou 4 minutes par exemple. 

 

Vous l’aurez compris, cet exercice s’apparente très fortement à une méditation. Vous pouvez donc tout à fait le remplacer par une méditation formelle ou informelle !

La pratique de la Pleine Conscience est d’ailleurs une excellente habitude à mettre en place pour ne plus être submergé par l’ennui.

Elle nous apprend en effet :

  • à ne plus suivre automatiquement les ordres de notre mental et de notre corps à la recherche permanente de stimulation.
  • à nous relier à l’instant présent, ce qui est essentiel pour ne plus subir la vacuité du temps que nous impose l’ennui.

Enfin, si la peur de l’ennui repose sur la crainte de se tourner à l’intérieur de soi, les personnes habituées à méditer seront naturellement plus enclines à l’accueillir sereinement !

Bertrand Russell disait qu’il était nécessaire de savoir supporter l’ennui pour avoir une vie heureuse, j’espère que cet article saura vous éclairer dans cet objectif.

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