Bann Makok

 

“Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil” 

William Shakespeare

 

Dans le ciel, un seul nuage.

Il semble flotter paisiblement sur une mer d’un bleu profond et éclatant.

Le vent d’altitude l’emporte au loin. Je le laisse s’en aller tandis qu’une légère brise apporte un peu de fraîcheur sur mon visage.

J’ignore depuis combien de temps je suis installé dans ce hamac. Il règne dans cet endroit une atmosphère si douce et si paisible qu’il semble être à la confluence du réel et des rêves.

Bann Makok. Ce nom est gravé sur le ponton en bois à quelques mètres de là, à peine abîmé par la rigueur du temps et des marées.

Ces deux mots bien étranges forment le nom d’un petit hôtel installé dans la mangrove de l’île de Koh Kut. Un lieu hors du temps, où les habitants temporaires vivent sur pilotis, à l’instar des palétuviers dont les racines tumultueuses se découvrent à marée basse.

Ce petit lieu de vie vibre au rythme de la nature. Tôt le matin, le soleil se déguise en réveil et quelques personnes l’accueillent par des salutations. La journée s’écoule ensuite au gré des balades parmi les nombreux trésors que cette petite île dévoile timidement.

À Koh Kut, l’histoire et la volonté de ses habitants ont préservé intacte la beauté de sa nature luxuriante, offrant ainsi, à ses quelques visiteurs, les splendeurs d’un paysage de carte postale et le bonheur de plages d’un sable blanc et fin presque immaculé.

Cette sérénité se lit sur le visage des gens que je rencontre. Les traits sont détendus et semblent tous former un discret sourire. À moins que ce ne soit la quiétude que je ressens intérieurement qui se reflète dans le miroir de l’autre.

La plage d’Ao Noi est d’une telle perfection que la nature semble s’y être élevée au rang d’art. Au contact du sable chaud, je prends quelques instants pour me relier à ma respiration, puis à la chaleur du soleil qui envahit maintenant mon corps à chaque inspiration.

Lorsque j’ouvre les yeux, je m’aperçois que Léa a partagé un moment similaire au mien. Plus loin, une autre personne médite elle aussi. Il faut croire que ces instants pour soi sont en fait de merveilleux moments de communion.

Le soleil se couche, il est temps de revenir dans le cocon de notre mangrove. Une averse de pluie tropicale accompagne notre retour, mais s’évanouit très rapidement.

 

La nuit dévoile désormais un ciel plein d’étoiles.

Une personne de l’hôtel nous invite à prendre place à l’intérieur d’une barque. La pluie, nous dit-elle, offre davantage de possibilités de découvrir le trésor qui nous a été promis à notre arrivée.

Nous avançons, ainsi, dans la mangrove et dans le noir. Seuls les mouvements de l’eau balayée par la palme de notre guide viennent perturber le silence.

Paisiblement installé sur le rebord de notre barque, mon regard est attiré vers le ciel qui, dans ce petit endroit du monde, semble avoir pris à la terre le relais de la vie pour quelques heures.

Notre guide donne un dernier coup de pagaie et notre barque s’immobilise à présent dans le noir.

Les secondes deviennent des minutes.

Pour tromper le silence, je balaye l’eau de mes mains et constate avec fascination qu’elle s’illumine au rythme de mes mouvements.

D’abord un peu, puis nettement plus. Chaque mouvement de l’eau révèle l’incroyable lumière du plancton phosphorescent. Comme si de l’or jaillissait de nos mains amusées de ce soudain pouvoir.

Et lorsque nous redevenons silencieux, un nouveau monde apparaît à nos yeux désormais habitués à l’obscurité.

Les lumières du plancton brillent de mille feux désormais. Et dans les palétuviers qui nous entourent, les lucioles éclairent la terre déjà couronnée par un grand ciel étoilé.

Instant d’éternité. Il n’y a plus de frontières entre le ciel et la terre, entre la mer et mes yeux dans lesquels se reflète cet océan d’étoiles. Le monde ne fait qu’un.

Sur mon visage, un tendre sourire.

L’obscurité revient. La barque reprend doucement son chemin, tel ce petit nuage voguant sur une mer d’encre vers le plus beau des horizons, Bann Makok.

 

 

Commentaires :

Bann Makok est ce souvenir qui est devenu un « lieu ressource » au sein duquel j’aime à me retrouver lorsque que je me sens stressé par un événement du quotidien et que mes idées vagabondent en dissociation avec mon corps.

Je prends alors quelques minutes pour moi, je m’allonge si je le peux, et après quelques respirations profondes, je quitte mon corps et m’envole sur le petit nuage qui me transporte vers ce souvenir. Lorsque mon voyage se termine et que j’ouvre les yeux, je me sens parfaitement détendu. Prêt à agir en pleine conscience dans ma réalité.

Il s’agit en fait d’une technique d’induction d’auto-hypnose volontairement (très) romancée sur laquelle je reviendrai dans un prochain article.

Nous avons tous en nous un endroit dans lequel nous nous sentons parfaitement en paix et en connexion avec le monde et nous-même. Il peut s’agir d’un souvenir ou d’un lieu imaginaire.

Et vous, quel est votre Bann Makok ?

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