Balade en pleine conscience dans les rues de Tokyo

 

“Le miracle n’est pas de marcher sur l’eau, il est de marcher sur la Terre verte dans le moment présent et d’apprécier la beauté et la paix qui sont disponibles maintenant.”

Thich Nhat Hanh

 

Tokyo, septembre 2018. Il fait une chaleur étouffante, mais je choisi une station de métro éloignée de ma destination pour sortir et m’adonner à mon activité favorite : marcher au hasard des rues étroites des quartiers résidentiels de la capitale japonaise.

Un sentiment d’excitation m’envahit alors que je tourne à droite dans une toute petite rue du quartier de Nakano, à l’ouest de Tokyo. Quelques mètres suffisent pour ne plus entendre les bruits de la grande avenue et pour me retrouver entièrement seul.

J’ai attendu ce moment avec impatience. Les dix derniers jours ont été très éprouvants. J’ai beaucoup travaillé, très peu dormi, perdu 3 kilos sous mon costume et mes chemises trop serrées, et donné un peu de ma personne à chaque prise de parole en public. J’ai fait des rencontres formidables et ai beaucoup appris, mais je ressens le besoin d’une pause, d’un instant de reconnexion à moi-même.

Trente minutes et deux kilomètres me séparent de mon premier cours de Reiki. Je ne connais pas vraiment le chemin mais je visualise la direction, alors je prends le temps de marcher en pleine conscience.

Le ciel est d’un bleu éclatant, sans nuages et sans le voile qui recouvre la majorité des grandes villes asiatiques. La nature semble prendre sa place au milieu des maisons minuscules. Elle donne l’impression de batailler sans mal, certaines maisons semblent même avoir abdiqué sous la détermination d’un arbre de conquérir le peu d’espace dont il fût autrefois privé.

Les cigales m’enveloppent de leur chant métallique. Je prends un moment pour observer le rythme, puis les variations de ces notes d’abord très aiguës, presque stridentes, avant d’aboutir sur un final plus grave et mystérieux.

Pour la première fois depuis une éternité, j’ai l’impression de respirer. Tokyo a cette capacité qui m’étonnera toujours d’offrir de vrais instants de quiétude à quelques pas seulement du fracas des grandes artères.

Je marche ainsi, au rythme de ma respiration et en ayant conscience de chacun de mes pas, du moment où mon talon touche le sol jusqu’à ce que mes orteils se décontractent. Je reste ainsi, quelques minutes.

Mon attention se laisse surprendre par un cimetière japonais avec ses tombes étroites et ses stèles recouvertes de mousses asséchées par la rigueur de l’été, sous la surveillance des corbeaux qui croassent. Il règne dans ces endroits une atmosphère mystique, intemporelle. S’y promener donnerait presque l’impression d’un balade dans l’autre monde.

Je reviens à ma respiration et au contact du bitume qui me parait étrangement familier. Il a une couleur et une odeur très européenne, bien différente de la Chine et de Shanghaï. Cette remarque me fait sourire.

Je continue de m’enfoncer dans ce quartier de Tokyo et m’émerveille de la beauté de ces rues peuplées de centaines de petites habitations. Chacune semble raconter une histoire. Chacune a sa propre forme, sa propre manière d’exister. Elles sont une invitation à franchir leurs paliers avec la curiosité de découvrir la vie de leurs habitants.

Mon chemin traverse plusieurs petits parcs, dans lesquels des personnes âgées sont assises sur des bancs à l’ombre, parfaitement immobiles à l’exception des éventails qu’elles agitent nonchalamment pour gagner un peu d’air.

A cet instant, j’ai le sentiment d’être en connexion avec ces personnes pourtant bien différentes et d’être en harmonie avec les choses qui m’entourent.

Lorsque je frappe à la porte, ma sensei m’accueille avec un sourire bienveillant. J’ai extrêmement chaud, mais mon humeur est satisfaite et mes pensées plus légères.

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