Le goût de l’errance

 

Où vous voyez-vous dans 5 ans ? C’est une question que l’on nous pose régulièrement lorsque nous cherchons un nouvel emploi.

Je n’ai jamais été à l’aise pour y répondre, lors d’un entretien d’embauche comme dans la vie d’ailleurs. Non pas parce que je ne sais pas quoi faire de ma vie, ni par peur de tout engagement.

Après tout, comment savoir où je serai dans 5 ans, quel sera mon contexte familial, le contexte politique, social etc. ? Quelles seront mes croyances à ce moment-là ? De quelle manière aurais-je assimilé les expériences de la vie, les connaissances accumulées, les croyances des personnes rencontrées ?

D’ailleurs, si je regarde la personne que j’étais il y a 5 ans, elle était bien différente d’aujourd’hui. Elle s’apprêtait à déménager pour la seconde fois en Chine, aspirait à une vie plus oisive, à des voyages, à des rencontres. Je ne pense pas avoir changé en profondeur, mais si on m’avait dit que 5 ans après je serai sur ma terrasse d’Aix-en-Provence à écrire ce texte, je n’y aurais probablement pas cru.

 

Il m’est donc impossible de savoir quelle personne je serai dans 5 ans; et je n’ai tout simplement pas envie d’en faire une visualisation qui sera forcément réductrice.

Comme tout le monde, j’ai des rêves, des objectifs et des aspirations. Mais ce qui me rend heureux n’est pas la finalité de ces différents voyages, c’est de parcourir les chemins qui m’y mèneront.

Dans 5 ans, j’aimerais donc être toujours incapable de répondre à cette question. Continuer à cultiver l’incertitude et parfaire ma capacité à jongler avec l’imprévisibilité.

J’aimerais garder cette même curiosité, cette même distraction, car elles me permettent d’être attentif à toutes les merveilles qui m’entourent. Elles sont sources de créations et d’opportunités.

Je veux continuer à semer les graines qui viendront enrichir mon futur moi.

 

Bien sûr, pour que ces graines poussent, il faut les accompagner, cultiver son jardin pour qu’il apporte stabilité et fertilité.

Il est donc essentiel de dresser un cadre, les délimitations de son jardin. C’est à dire fixer un cap permettant de s’assurer de son bien-être, de celui de sa famille, de son assise financière etc.. Créer les conditions d’une stabilité qui ne soit pas une recherche absolue de confort, mais une structure permettant de soutenir tout le reste.

Et puis, il faut travailler la terre pour qu’elle devienne fertile. Être toujours curieux, ouvert sur le monde, accepter la remise en question. C’est un travail de tous les jours.

Des opportunités se présenteront, certaines aboutiront, d’autres non. Mais je veux avoir toujours la possibilité de les planter librement, de les regarder grandir et, peut-être, arriver à maturité.

Ne pas se focaliser sur le résultat, sur la destination, est la meilleure façon devoir son jardin fleurir et progressivement s’agrandir.

 

Avoir ce goût de l’errance, c’est avoir le goût du présent et de la vie.

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